La création du 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commandos (1er B.F.M.C.)

Volontaires parmi les volontaires

En janvier 1942, Philippe KIEFFER, à force d’obstination, obtient l’autorisation de pouvoir former cette compagnie que ne compte alors qu’une vingtaine de volontaires.

En mars de la même année, à l’issue d’un stage de formation au camp des Royal Marines d’Eastney, la compagnie prend officiellement le nom de Compagnie de Fusiliers marins Français et demande à être incorporée à une unité britannique. Les hommes de la compagnie effectuent en avril et mai 1942 un stage de six semaines de formation pour devenir commando.

Cette formation a lieu au camp d’Achnacarry en Ecosse. Elle doit permettre de tester les capacités physiques et l’opiniâtreté des futurs commandos. Ce stage a notamment pour vocation de « faire le tri » au sein des hommes de la compagnie afin de ne garder que les plus aptes à constituer un corps d’élite.

En juillet 1942, les hommes de Philippe Kieffer sont rattachés au 10ème commando interallié. La compagnie comptant toujours moins de 80 hommes, celle-ci ne peut constituer une troupe et prétendre partir en mission ? En revanche, 15 de ses hommes sont choisis pour participer à l’opération JUBILEE sur Dieppe le 19 août 1942. Ils sont répartis au sein des différents commandos prenant part à l’opération. Au cours de cet épisode malheureux, la compagnie perd le second maître Montailler que ne survit pas à ses blessures et le quartier-maître César fait prisonnier.

La compagnie continue son entraînement, mais les commandos s'impatientent devant le manque de missions qui leur sont confiées. Ce n’est qu’au cours de l’hiver 1943 que les commandos français sont sollicités pour participer à des raids de sondage. Ces raids ont pour but de faire des repérages et des prélèvements auprès du système de défense allemand. Entre le 24 décembre 1943 et le 28 février 1944, les Français effectuent cinq raids menés à terme, certains étant abandonnés en cours en raison de mauvaises conditions météorologiques. Ces cinq raids sont accomplis sur les côtes françaises et hollandaises :
· A Gravelines,
· Sur les îles anglo-normandes de Jersey et Sark,
· A Quinéville (département de la Manche),
· A Wassenaar (Hollande).

Les raids de Gravelines et Wassenaar sont des échecs. Le bataillon perd deux équipes soit 12 hommes, auxquels il faut ajouter les deux commandos ayant sauté sur une mine au cours de l’opération sur l’île de Sark.

En fait, cinq des six hommes portés disparus lors du raid de Gravelines ne seront pas arrêtés et réussiront à se camoufler auprès de leur famille ou de leurs amis. Cependant, à la fin de l’hiver ces raids ont occasionné,  pour la compagnie, la perte de 12 hommes dont celle de Charles Trepel, commandant en second de cette unité.

 

En mars 1944, l’arrivée de nouveaux volontaires permet la création du bataillon de fusiliers marins commandos (B.F.M.C.) toujours commandé par Philippe Kieffer. Quelques semaines avant le Débarquement allié sur les côtes bas-normandes, ce 1er bataillon est rattaché au n° 4 Commando du lieutenant-colonel Dawson appartenant lui-même à la 1st Special Service Brigade aux ordres de Lord Lovat.

A la veille du débarquement, ce bataillon est composé de deux troupes, d’une section d’appui feu ou « K-Guns » de 24 commandos et d’une section de commandement de 14 Français et 6 Britanniques dont une antenne médicale de 5 commandos (le médecin – capitaine Lion, 3 infirmiers et l’abbé de Naurois). La troupe 1 comptant 69 commandos est commandée par Guy Vourc’h, la troupe 8 de 71 commandos a à sa tête Alexandre Lofi.

Les commandos prennent connaissance de leur objectif le 26 mai au camp de Titchfield où ils sont arrivés la veille. Leur débarquement se fera sur « Queen Red » dans le secteur Sword. Dans un premier temps, ils devront prendre à revers les points forts allemands de Riva-Bella à l’embouchure de l’Orne et libérer Ouistreham en prenant l’écluse du canal intacte. Dans un second temps, ils rejoindront les hommes de la 6ème Airborne aux ponts sur le canal et l’Orne. Les noms des lieux ne leur sont pas dévoilés avant le 6 juin au matin, mais des Normands du bataillon les ont reconnus.


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Le jour J
Le 5 juin, les commandos quittent la Grande-Bretagne à l’embouchure de la rivière Hamble pour rejoindre « Piccadily Circus », le fameux point de ralliement de l’armada alliée. La troupe n°1 a pris place à bord du LCI (S) 527 et la troupe N° 8 à bord du LCI (S) 523. Les sections de commandement et « K-Guns » sont, quant à elles, réparties sur chacun des deux LCI.

 

Appareillage LCI (S) 523 (troop 8) dans la rivière Hamble

A l'arrière-plan, LCI (S) 527 (troop 1).

 

Les barges arrivent face à La Brèche, le 6 juin au matin, vers 07h25. Le lieutenant-colonel Dawson laisse aux hommes du 1er B.F.M.C. la primeur de toucher le sol français. Les commandos traversent la grève le plus rapidement possible et se rassemblent sur le site d’une ancienne colonie de vacances où il déposent leur pesant sac à dos.

 

 

Les commandos atteignent les murs des ruines de la "colonnie de vacances"

 Après cette première étape, une trentaine d’entre eux, tués ou blessés, manquent déjà à l’appel. Les commandos doivent désormais neutraliser les batteries et points forts des Allemands en les prenant à revers.

 

 

Les commandos pénètrent alors dans les rues de Riva-Bella. Des tireurs d’élite allemands camouflés dans les villas leur causent de nombreuses pertes. A hauteur de la petite gare, chaque troupe se dirige vers son objectif respectif, laissant les Britanniques se rendre vers l’écluse. La prise du casino ne se fait pas sans difficulté, les tirs de l’arme antichars « Piat » des commandos ne viennent pas à bout des canons du bunker. Philippe Kieffer, ayant appris par radio le débarquement de chars « Centaure », revient rapidement avec l’un d’entre eux. Les tirs du char neutralisent les canons de la batterie, permettant ainsi aux hommes du commandant de donner l’assaut. Après avoir nettoyé Ouistreham, le 1er B.F.M.C. regagne la colonie de vacances, lieu de rassemblement avec le reste du N° 4 Commando.

 

Médecin-capitaine LION, tué lors de l'attaque du casino

Vers 12h40, les commandos récupèrent leur sac à dos et se dirigent vers leur deuxième objectif de la journée : le ralliement avec les parachutistes de la 6ème  Airborne, sur les ponts du canal et de l’Orne. Le N° 4 Commando prend alors la direction de Colleville-sur-Orne, traverse Saint Aubin d’Arquenay et atteint Bénouville vers 16h00, non sans avoir subi, là encore, les tirs de « snipers » allemands. Une fois passé sur la rive droite de l’OIrne, le 1er B.F.M.C. s’établit, au soir du 6 juin, au Plain, sur la commune d’Amfréville. Avec les différents commandos composant la 1st brigade et les hommes de la 6ème Ariborne, le 1er B.F.M.C. doit tenir sa position afin de protéger les flancs de la zone de débarquement et empêcher une contre-offensive allemande. Au soir de cette longue journée, le bataillon déplore la perte de 10 commandos tués et 36 blessés. Débute désormais pour lui la bataille de Normandie.

 

 

 

 

 
Jonction des commandos et des paras de la 6ème Airborne dans Bénouville 


 

La bataille de Normandie


Cette campagne va durer plus de 80 jours. Elle sera fort éprouvante pour les commandos qui se retrouvent face à une situation différente de celle pour laquelle ils sont entraînés : une guerre de position et de tranchées où les périodes d’inactivité sont plus longues que les phases d’action.

Du 6 juin au soir jusqu’au 29 juin, les commandos stationnent à Amfréville, au Plain, puis au hameau Hauger. Du 29 juin au 26 juillet, ils s’installent devant Bréville puis avancent vers l’Est à la lisière des bois de Bavent où ils attendent jusqu’au 16 août.

Philippe Kieffer, évacué le 9 juin en raison de ses blessures reçues lors du Débarquement, est de retour auprès de ses troupes le 13 juillet 1944. Il s’aperçoit alors de la baisse de moral de ses hommes lassés et fatigués de cette guerre de position.

Au début du mois d’août, la résistance allemande faiblit et ne tente plus de contre-attaque. Le 16 août, l’ensemble du N° 4 commando marche sur Bavent, rejoint la 1st Special Brigade à Goustrainville le 19 août au soir, anéantit un point de résistance à l’Epine le 20 août au matin, puis continue sa route en direction de la Seine. A partir de ce moment, le 1er B.F.M.C. ne rencontre plus véritablement de résistance et arrive à Beuzeville (Eure) le 23 août 1944. Dès le lendemain, les hommes du comandant Kieffer embarquent pour l’Angleterre au port artificiel d’Arromanches.

17 commandos ont trouvé la mort au cours de la bataille de Normandie. Sur les 177 hommes du bataillon débarqués le 6 juin, seuls 24 terminent cette campagne sans avoir été blessés.


La campagne de Hollande

 

Fin septembre, le 1er B.F.M.C. est réorganisé, les 2 troupes sont allégées et en décembre 1944, une 3ème troupe rejoint le 1er B.M.F.C. en Hollande. Le 8 octobre 1944, le N° 4 Commando quitte l’Angleterre pour Ostende (Belgique). Les Allemands tenant toujours la rive droite de l’Escaut et les îles formant son estuaire, les Alliés vont tenter un débarquement frontal sur celles-ci.

Le 29 octobre, le 1er B.F.M.C. découvre son objectif : prendre la ville de Flessingue située sur l’île de Walcheren. Ce débarquement a lieu le 1er novembre 1944. Les troupes partent de Brekens, petit port de la rive gauche de l’Escaut. Après avoir débarqué, les commandos livrent un véritable combat de rue et doivent faire face à de nombreux « snipers » allemands dissimulés dans les habitations. Après deux jours de combats incessants, la ville est prise par un bataillon britannique. L 8 novembre suivant, le N° 4 Commando reçoit une nouvelle mission : prendre Vrouwerpolder, la dernière ville de l’île occupée par l’ennemi. La réalisation de cet objectif se fait sans difficultés majeures et permet désormais aux Alliés l’utilisation du port d’Anvers.

En décembre 1944, le 1er B.F.M.C. compte alors 210 comandos répartis en trois troupes. Il participe à des raids offensifs sur l’île de Schouwen dans le but de recueillir des renseignements sur les positions allemandes et de harceler l’ennemi. Ces raids seront les dernières actions du 1er B.F.M.C. au cours de la Seconde Guerre mondiale.

« Après la campagne des Pays-Bas, l’aventure du premier Bataillon Fusilier Marin Commando de la France libre est définitivement terminée. Mais il en va des épopées comme des rêves. Peuvent-ils mourir ?" (Gwenn-Aël Bolloré, J’ai débarqué le 6 juin 1944, commando de la France Libre, Le Cherche Midi éditeur, 1944).